8 mars : pourquoi une entreprise niçoise a octroyé une demi-journée de congé à ses salariées ? – Elle.fr



L’affaire a beaucoup fait parler sur Twitter. En cause : une demi-journée de congé accordée uniquement aux femmes de la ST2N, une entreprise de transport niçoise (appartenant aujourd’hui à Régie Ligne d’Azur), pour la journée internationale des droits des femmes. Contacté par téléphone, Jean Gnech, DRH de la Régie Ligne d’Azur, nous a donné des éléments de contexte : « Au début des années 2000, notre personnel conducteur était quasi 100% masculin. Il était très difficile de féminiser la profession. Le secrétaire générale du comité d’entreprise nous avait donc demandé de réfléchir à des mesures. Ainsi en 2007, nous avons formalisé, par un accord d’entreprise, cette demi-journée accordée uniquement aux femmes, le 8 mars, journée symbole pour les droits des femmes. » Sur les 704 conducteurs, on compte 64 femmes aujourd’hui chez régie Ligne D’Azur et 8 femmes sur les 25 cadres de l’entreprise qui compte 1200 collaborateurs. Un progrès pour une entreprise de ce secteur, qui peut également s’expliquer par les innovations technologiques en termes de conduite. « L’arrivée des femmes aux postes de conducteurs a permis de démentir les clichés sur l’impossibilité des femmes à conduire comme les hommes », souligne le DRH de l’entreprise.

L’octroi de cette demi-journée est légal

La mesure est légale, comme le rappelle l’arrêt de la Cour de cassation du 12 juillet : « En application des articles L. 1142-4, L. 1143-1 et L. 1143-2 du code du travail (…) un accord collectif peut prévoir au seul bénéfice des salariées de sexe féminin une demi-journée de repos à l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes, dès lors que cette mesure vise à établir l’égalité des chances entre les hommes et les femmes en remédiant aux inégalités de fait. » Si cette demi-journée est légale, l’arrêt de la Cour de cassation ne généralise en rien l’octroi de ce congé à toutes les salariées françaises.

« Cette mesure est un cache-misère »

Cependant, la décision de la Cour de cassation a créé la polémique. « Cette mesure est un cache-misère », nous a répondu Marie Allibert, une des porte-parole d’Osez Le Féminisme (OLF). « C’est comme nous offrir des fleurs le 8 mars, on ne comprend pas bien en quoi cela réduit les inégalités femmes-hommes au travail. » Rappelons que les femmes gagnent toujours 25% de moins que leurs collègues masculins et 47% des femmes se répartissent dans une douzaine de métiers sur les quatre-vingt-sept répertoriés. « Nous avons bien un plan d’égalité, une convention collective qui assure l’égalité de salaires et des mesures comme l’aménagement des horaires pour les mères par exemple »,se défend Jean Gnech, DRH de l’entreprise à l’origine de cette mesure. « Mais cette demi-journée nous a aidé à attirer des femmes et elle fait partie de notre culture d’entreprise. De plus, je ne pense pas qu’elles le vivent comme du sexisme inversé. » En effet, avec 1 200 salariés, cette entreprise est tenue d’avoir un plan d’égalité comme l’oblige un décret de 2012, au risque d’être sanctionnée, comme on vous l’expliquait ici

L’égalité réelle, loin d’être atteinte

« Je suis d’accord pour un traitement différencié en vue de rétablir l’égalité mais les défis sont ailleurs », estime encore Marie Allibert d’OLF. « On ne connaît pas assez les entreprises vertueuses et non vertueuses en termes d’égalité professionnelle aujourd’hui, et la lutte contre le sexisme et le harcèlement en entreprise reste taboue », estime-t-elle. Si le geste de la ST2N part d’une bonne intention en vue d’instaurer plus de mixité dans le secteur des transports, la fin des inégalités femmes-hommes au travail ne saurait reposer sur ce type de « cadeau » aux salariées… Affaire à suivre !

* La Cour de cassation est la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français. La juridiction suprême a pour mission de contrôler l’exacte application du droit par les tribunaux et les cours d’appel, garantissant ainsi une interprétation uniforme de la loi. (Source courdecassation.fr)

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