Admission post-bac : cette startuppeuse de 18 ans nous raconte comment elle a été déçue par APB – Elle.fr



Début juillet, ils seraient 117 000 lycéens sans affectation pour l’année prochaine. Pour d’autres, comme Philippine Dolbeau, c’est le tirage au sort qui a décidé de leur avenir, en raison de trop fortes demandes dans certaines filières. A 18 ans et après avoir obtenu une mention Bien au bac, cette jeune startuppeuse (elle a créé New School à 16 ans, une façon innovante de faire l’appel en classe) nous a écrit pour nous raconter son expérience. Le 29 juin,  Frédérique Vidal, la ministre chargée de l’Enseignement supérieur « réaffirmait par ailleurs son engagement de mettre fin au classement aléatoire, qui n’est ni juste ni souhaitable, pour la rentrée 2018 ». En attendant, découvrez le témoignage de Philippine.

« Janvier 2017. En tant qu’élève de Terminale, je dois me plonger dans le logiciel d’APB « Admission Post-Bac ». J’ai l’impression d’être livrée à moi-même face au flot d’informations et de stratégies à adopter. Il n’y pas grand monde pour répondre à mes interrogations. Perdue dans ce véritable catalogue de formations, je choisis des filières d’études anglophones, matière dans laquelle je suis à l’aise et langue dans laquelle je suis bilingue. Rapidement, je me rends compte que seuls les bulletins et une lettre de motivation sont demandés. Pas d’essais, pas de moyen de se présenter autrement, ni de mettre en avant sa singularité. Peu importe, je soumets mes huit candidatures. J’y passe un nombre incalculable d’heures, sans doute une dizaine. Je choisis avec minutie et attention chacune de mes formations : APB me signifie qu’elles sont « très accessibles », c’est à dire qu’il y a de très grandes chances pour que j’y sois admise. J’attends les résultats.

8 juin. Je ne suis prise dans aucune de mes formations « très accessibles ». Je suis sur la « liste d’attente ». C’est la loi du tirage au sort.

« Ma sensation c’est qu’APB est un algorithme qui ne laisse pas sa place à l’humain. »

24 juin. Second tour des résultats d’APB : je n’obtiens qu’un de mes tout derniers choix. Déçue de ne pas avoir eu l’un de mes premiers choix, je me rends aussi compte que  je ne suis pas la seule. Par exemple, mes deux amis Jean-Baptiste et Baptiste, tous les deux premiers de leur classe aux moyennes incroyables, ont respectivement demandé Médecine et Droit. Aucune formation ne leur a été proposée. J’ai le sentiment que mes efforts et le temps passé à faire ces choix que je considère judicieux pour mon avenir professionnel n’ont pas été pris en compte. Ma sensation c’est qu’APB est un algorithme qui ne laisse pas sa place à l’humain. J’aimerais tellement que chacun et chacune d’entre nous soit mieux accompagné tout au long de cette période importante de la vie. Réussir ses choix d’orientation est un véritable défi – il faut se connaître soi-même et surtout avoir le soutien nécessaire pour gérer les moments de doute. J’ai cette chance, mais ce n’est pas le cas de tous les élèves. Or, ce qui se joue après le bac est absolument déterminant : il s’agit de notre avenir à toutes et tous, de nos ambitions, de nos désirs d’accomplissement et de réussite.

Juillet 2017. Mon choix post-bac se tourne aujourd’hui vers l’étranger. J’ai, en parallèle d’APB, déposé ma candidature pour entrer dans des universités canadiennes, anglaises ou américaines, et j’ai été sélectionnée par certaines d’entre elles. Passionnée par l’idée d’étudier les Sciences de l’Education (filière victime du tirage au sort cette année sur APB), ce que je vais pouvoir faire dans l’une des meilleures universités anglaises, j’ai ensuite pour objectif de revenir en France continuer mes études. Et croyez-bien que je ferai de mon mieux pour contribuer à améliorer le système par lequel nous, les jeunes, devons passer pour réaliser nos projets d’études. Ayant entendu que les procédures d’admissions aux deuxième ou troisième cycles ressemblaient beaucoup à celles des universités étrangères, peut-être que j’aurai plus de chance à mettre en valeur l’ensemble de qui je suis pour attirer l’attention des écoles que je pourrais viser ?
Je me rends compte aujourd’hui que la fameuse « voie royale » dont beaucoup parlent n’est pas celle que l’on imagine. Il faut trouver sa propre voie royale, celle qui convient à chacun d’entre nous, qui nous intéresse profondément, et qui nous donne envie de nous surpasser tout au long de son lycée pour atteindre nos objectifs. Et il faut ensuite que le système français nous permette, à toutes et tous, de la suivre. »

ELLE



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