Affaire Grégory : 33 ans après, Christine et Jean-Marie Villemin, « un couple fusionnel » – Elle.fr



« On ne nous a pas laissé le temps de sombrer parce qu’on nous a attaqués tout de suite : il a fallu se défendre, défendre notre amour et notre fils. On apprécie d’être ensemble après tant d’acharnement pour nous séparer. » Ainsi parlait Christine Villemin dans une interview pour ELLE en 1994, dix ans après l’assassinat de son fils Grégory. Ce jour-là, Christine et Jean-Marie Villemin s’étaient confiés dans leur maison de l’Essonne sur « leur amour plus fort que tout ». Aujourd’hui, ils y vivent encore, le portrait du petit garçon est toujours accroché sur les murs, mais ils ne parlent plus à la presse. Cependant, leur avocate, Marie-Christine Chastant-Morand, qui les représente depuis 1985, assure que ces mots prononcés il y a vingt-trois ans reflètent encore la réalité des Villemin, alors que l’affaire vient de rebondir avec la mise en examen le 16 juin de Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de l’enfant, pour « enlèvement et séquestration suivie de mort ». Puis, le 29 juin avec la mise en examen de Murielle Bolle, dont le témoignage à l’époque mettait en cause Bernard Laroche avant qu’elle ne se rétracte. Comment le couple a-t-il pu résister à l’abyssale douleur de la perte d’un enfant, aux atroces soupçons charriés par la vindicte populaire (alimentés par les erreurs du premier magistrat en charge de l’enquête) ? En 1986, Christine Villemin, à bout, tentera de mettre fin à ses jours. Il faudra attendre sept longues années avant qu’elle ne soit blanchie par un non-lieu pour « absence totale de charges » en février 1993.

« J’ai été frappé par leur dignité. »

Leur couple a tenu, encore, malgré leur séparation forcée de mars 1985 à décembre 1987, lors de la détention de Jean-Marie Villemin qui a tué son cousin Bernard Laroche, responsable selon lui de l’enlèvement et de la mort du petit garçon. Comment ont-ils pu surmonter leur douleur alors que la justice n’a pas établi la vérité ? Comment sont-ils parvenus à reconstruire une nouvelle famille ? La longue interview que les époux Villemin ont accordée à Jean-Marie Cavada, le 27 avril 1994, éclaire leur résilience. Ils y soulignent la force de leur relation. Ils évoquent leur combat commun pour la vérité. Le journaliste raconte : « J’ai été frappé par leur dignité. J’étais face à des gens méthodiques, modérés, sans haine. Ils m’ont impressionné par leur solidité, leur lien. Ils parlaient en se regardant, comme si chacun détenait un morceau de la phrase. J’ai senti une grande estime entre eux. » Sur le plateau de « La Marche du Siècle », Jean-Marie Villemin affirmera que jamais il n’a douté de sa femme quand on la soupçonnait d’infanticide. Elle répondra combien elle a eu peur, au même moment, que la police n’influence Jean-Marie « et ne [les] sépare ».

 

« C’est un couple fusionnel qui, trente ans après, se tient toujours la main. »

Pour traverser l’épreuve, ils n’ont pas trouvé meilleure thérapie que leur soutien mutuel, souligne M e Marie-Christine Chastant-Morand, qui n’a jamais cessé de voir le couple, à l’occasion de rendez-vous autour de l’enquête ou chez eux, en famille, lors de déjeuners amicaux. « Il émane d’eux une force qui ne s’est jamais démentie, explique-t-elle. C’est un couple fusionnel qui, trente ans après, se tient toujours la main. Leur proximité m’a frappée quand je les ai rencontrés en 1985. C’est la même aujourd’hui. Ce qui les a tenus ensemble ? Mais c’est cet amour si fort entre eux. Et leur quête de vérité. Ils n’ont jamais lâché. Tout au long de ces années, ils m’ont répété qu’ils le devaient à Grégory, mais aussi à leurs autres enfants nés après ce drame. » Trois enfants aujourd’hui adultes qui n’ignorent rien de la tragédie. « Ils sont très équilibrés, ils ont réussi de bonnes études. Restent très soudés. Et proches de leurs parents qui ont su leur parler de Grégory, leur raconter l’affaire tout en les protégeant des médias. » Les deux aînés ont quitté le nid. Julien, 32 ans, est opticien. Èmelyne, 27 ans, agrégée en sciences de la vie et de la terre à 22 ans, est enseignante. Simon, 19 ans, dont le prénom rend hommage au juge Simon – qui a succédé au juge Lambert, premier magistrat instructeur de l’affaire – est fou de sport.

« Ce sont des gens soucieux de préserver leur intimité, insiste Me Chastant-Morand. Jean-Marie, grâce à son ancien patron, a retrouvé un emploi en arrivant en banlieue parisienne. » Christine Villemin, âgée de 56 ans, a repris une activité professionnelle après avoir élevé ses enfants. « C’est une quinquagénaire douce et chaleureuse, témoigne encore son avocate, réservée, mais très positive. La vie du couple continue de tourner autour de leurs enfants, de leur famille qui leur a permis de se reconstruire. » Ils ont tenu aussi pour continuer leur interminable quête de justice. « Il y a quelques jours, Jean-Marie m’a dit qu’ils s’en remettaient à l’institution judiciaire et qu’ils étaient confiants dans le fait qu’elle aille jusqu’au bout, poursuit la pénaliste. Mais ils sont aussi pris en tenailles entre leur besoin viscéral de vérité et le poids douloureux qu’entraîne cette nécessité de savoir. »

En 2006, lors de leur dernière prise de parole publique dans un long entretien à « La Croix », alors que France 3 diffusait une fiction tirée de l’affaire, ils expliquaient qu’ils avaient écrit ensemble leur livre « Le seize octobre » (actuellement indisponible) : « Pour que les gens comprennent ce qui nous liait ensemble et depuis si longtemps et combien ce ciment nous avait retenus de sombrer dans un désespoir définitif. Rien ne pouvait nous séparer ».

Cet article a été publié dans le magazine ELLE du 7 juillet 2017.  Abonnez-vous ici.

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