Droits des femmes : ce que Simone Veil a fait pour nous – Elle.fr


Elle a obtenu le droit à l’IVG

Tout au long de sa vie, Simone Veil a écouté les femmes, et ces conversations ont nourri ses combats. L’annonce de sa mort a provoqué en quelques minutes une avalanche de « merci » sur les réseaux sociaux, preuve que les jeunes générations savent ce qu’elles lui doivent. Le droit à l’interruption volontaire de grossesse avant tout. « La loi qui porte son nom fut une énorme avancée, une vraie révolution pour nos libertés individuelles, notre libération sexuelle, a réagi l’association féministe Les Effronté-e-s. La loi Veil, on y veille. » Depuis, ce texte fondamental a été complété, amendé par la postérité. L’accès à l’IVG a été facilité : création de centres autonomes, prise en charge par la Sécurité sociale, suppression du consentement parental pour les mineurs, allongement du délai légal, accès à l’avortement médicamenteux en ville… « Simone Veil ne faisait pas partie du mouvement féministe, elle a fait un choix pragmatique : il fallait sauver des vies et elle en a sauvé des milliers, souligne Anne-Cécile Mailfert, 32 ans, présidente de la Fondation des femmes. Elle nous a donné le droit de choisir quand on veut un enfant, un héritage inestimable. Mais ne pas en faire un droit constitutionnel le rend fragile. Sa légitimité est sans cesse questionnée. » Le combat reste d’actualité.

Elle s’est battue pour notre légitimité politique

Son ardeur au front, chevillée à un impérieux besoin de justice, Simone Veil l’a déployée tout au long de sa carrière. Ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville du gouvernement d’Êdouard Balladur, présidente du Parlement européen, la première femme à occuper ce poste… Elle ne se faisait néanmoins aucune illusion : VGE avait besoin d’un symbole, de s’inscrire dans la modernité. « J’ai eu de la chance. Il fallait une femme alibi. Cela a été moi », affirmait-elle, lucide. Dès juin 1974, lorsqu’elle remporte le remboursement de la pilule à l’unanimité à l’Assemblée nationale, un journaliste commente : « Simone Veil a-t-elle réussi parce qu’elle est une femme ou malgré ce handicap considérable ? » Les deux. Elle assumait ce paradoxe. « Ce que j’ai obtenu dans la vie, je l’ai obtenu précisément parce que j’étais une femme », écrivait-elle dans ses Mémoires « Une vie » (1), refusant d’oublier qu’elle a réchappé d’Auschwitz aussi parce qu’elle était jolie… Elle aurait pu ne rien dire de ce qu’elle vivait dans le monde politique, se contenter de manoeuvrer pour elle-même. Au contraire, elle dénonçait dans ELLE, en 1982 : « Il n’est pas facile de supporter ce regard chargé d’ironie et de dérision qu’est celui de beaucoup d’hommes lorsqu’ils regardent leurs collègues femmes. » Comme si, quand elles prennent position, « ce n’est pas très sérieux, cela résulte de caprices, de calculs, d’amitiés, d’inimitiés ». Et d’ajouter : « Seraient-elles des espèces d’idiotes ou plutôt de zombies, exprimant les idées des hommes ? »

Elle a lutté pour notre émancipation

Simone Veil n’avait pas peur. Elle n’avait pas honte. « Ma première réaction en apprenant sa mort a été d’inciter les femmes à parler au lieu de culpabiliser et d’avoir honte de ce qu’elles vivent : l’avortement reste tabou, le harcèlement, le sexisme, le viol… » raconte Rebecca Amsellem, 28 ans, activiste féministe, auteure de la newsletter « Les Glorieuses ». Simone Veil, souvent invitée à s’exprimer, se faisait la porte-parole des plus défavorisés, des prisonniers, des handicapés, des malades du sida, comme elle a sorti la Shoah du silence, et combattu l’antisémitisme (2). Elle était plus qu’une femme politique, une figure, estimée et écoutée. Une vigie morale. Elle ne craignait pas d’ancrer ses combats dans son expérience. La nécessité de l’autonomie financière des femmes notamment. Elle s’était battue face à son mari, Antoine, pour pouvoir travailler. Elle avait vu les femmes arriver en masse sur le marché de l’emploi dans les années 1960 et 1970. « La particularité de la Française est de chercher à concilier famille et profession, observait-elle en 1976. La responsabilité des pouvoirs publics est de tenir compte de ce désir et de rechercher dans l’aménagement du temps de travail, dans celui des prestations sociales, le moyen de réaliser l’équilibre souhaité. » Elle dénonçait les humiliations, les bizutages, les remarques sexistes que subissaient les femmes obligées de « travailler deux fois plus, de ne jamais être malades, pour être admises ». Elle pointait – déjà – les inégalités de recrutement, de rémunération, de promotion.

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Elle a préparé la parité

Les quotas ? Elle était pour. Dans l’entreprise, comme en politique. « Les hommes s’approprient le pouvoir là où il est vécu et reconnu. Ils n’en concèdent une part plus ou moins grande aux femmes que dans les domaines où […] le pouvoir n’apparaît pas comme un enjeu majeur », analysait-elle dans un discours au Sénat en 2004. Elle y racontait comment, après l’éviction des Jupettes, en 1995, elle avait rejoint un « comité de la parité » de dix femmes de droite et de gauche. « En juin 1996, nous avons adopté un ‘Manifeste pour la parité’ qui a été publié par ‘L’Express’ peu avant les élections législatives, afin d’obliger les partis à prendre position en faveur d’une réforme. Après modification de la Constitution, la loi sur la parité, votée en mai 2000, a été validée par le Conseil constitutionnel. » Dix-sept ans plus tard, c’est à cette loi que l’on doit les 38 % de députées à l’Assemblée.

« Au-delà du droit à l’IVG, de son engagement, de son parcours politique, c’est la place qu’elle a tenue dans notre histoire qu’il faut célébrer, alors que l’on a tendance à oublier les grandes femmes, note Raphaëlle Rémy-Leleu, 25 ans, porte-parole d’ Osez le féminisme ! J’ai été surprise de découvrir qu’à Bruxelles, devant le Parlement européen, la grande place porte son nom. Quel grand lieu servant de repère en France la célèbre ? Seules 2 % des rues affichent un nom de femme. Il faut apprendre à valoriser notre ‘matrimoine’. Simone Veil est un modèle précieux, même si nous n’aurions sans doute pas été d’accord sur tout aujourd’hui. Elle mérite d’entrer au Panthéon. » Elle est déjà au premier rang du nôtre.

(1) « Une vie », de Simone Veil (éd. stock).

(2) « Mes combats », de Simone Veil (Ed. Bayard), avec une préface de Robert Badinter. Une sélection de ses discours et cinquante photos inédites de sa vie privée et publique.

Cet article a été publié dans le magazine ELLE du 7 juillet 2017.  Abonnez-vous ici.

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