Jai dcouvert le plaisir avec une femme – Elle.fr



Les premires lueurs du jour me rveillent doucement. Le corps engourdi, mais trangement apais, je flotte entre le rve et le sommeil. J’ai mal au crne, j’ai un peu trop bu la veille. Des images de Marie me reviennent : Marie qui pleure, puis Marie qui sourit ; Marie qui a les yeux qui brillent, Marie qui est jolie ; Marie qui joue avec mes bracelets, Marie qui vient se blottir contre moi… Toutes les deux sur le canap du salon. Une bouteille vide sur la table basse. Des braises dans la chemine. Je ne sais plus quelle heure il tait quand a a bascul, ni comment a s’est pass, ni qui a commenc rellement. Je revois juste nos corps nus, fbriles, ma bouche cherchant la sienne, ses mains serrant les miennes. Marie et moi avons fait l’amour, toute la nuit. Aussi simplement et naturellement que a. Aussi formidablement que a. Pour la premire fois de ma vie, j’ai joui. Pourtant, je suis htro, je le sais. Et, mme l, je n’en doute pas. En revanche, moi qui croyais que les joies du sexe taient rserves aux autres… Ce matin-l, trouble et heureuse de l’tre, j’ai su que je m’tais trompe. Moi aussi, je pouvais.

J’ai grandi dans une famille o le sexe n’tait pas tabou : il n’tait pas, voil tout. Mes parents, artisans, bossaient comme des fous pour joindre les deux bouts, et seul le travail avait de la valeur leurs yeux. Je ne les ai jamais vus se dtendre, goter le bonheur d’tre deux, encore moins s’embrasser. Pas une marque de tendresse entre eux ; pas plus pour nous, leurs enfants. D’ailleurs, ma mre ne nous lavait pas, elle nous briquait. Quand j’ai eu mes rgles, elle m’a gifle : chez ses parents, paysans, c’tait la tradition, parat-il. En revanche, pas un mot sur mon corps qui change ou sur la pubert qui me tombe dessus… Ma grand-mre, catholique pratiquante, vivait chez nous. Avec le recul, je pense que c’est sa duret qui touffait tout ce qui aurait pu ressembler du plaisir ou de la sensualit.

LE SEXE ET MOI, CE N’EST PAS CA

Au lyce, j’ai eu la chance de vouloir suivre une option qui me contraignait partir en internat. Loin des miens, j’ai dcouvert un monde que je ne souponnais pas. Mes nouvelles amies se racontaient le soir, sous la couette, comment elles avaient dragu celui-ci, embrass celui-l… Et elles ne brlaient pas en enfer pour autant ! Alors j’ai voulu essayer. C’tait la boum de fin d’anne, j’tais en seconde, lui terminait son CAP, mais il tait plus g et plus expriment que moi. Il m’a invite danser et m’a embrasse. Plus prcisment, il a enfourn sans aucun pralable sa langue dans ma bouche. Une limace aurait t plus apptissante. J’ai dtest et me suis enferme dans les toilettes pour le reste de la soire. Les mois passent, mon corps se transforme. Tant que je vivais chez mes parents, il se faisait, lui aussi, trs discret. Mais l’internat lui fait du bien et me voil nantie d’une belle poitrine et de fesses rebondies. Les garons du lyce s’intressent moi, a me met mal l’aise. Le regard noir de ma grand-mre me l’a fait comprendre : j’ai raison d’avoir honte de mes formes. Mes copines, elles, me chahutent, me poussent mettre des jupes, me maquiller. J’envie leur lgret, leur audace. Alors, quand elles me proposent de me joindre elles pour fter notre bac au bord de la mer, je fonce. l’usure, je convaincs mes parents de me laisser partir. Officiellement, on travaille pour une association qui offre des vacances des enfants dfavoriss. Mais, quand les petits sont couchs, c’est la fte pour les animateurs. Un soir, je dcide qu’il est temps de sauter le pas. Je prends l’un de mes camarades par la main et l’entrane vers la plage. Pas anxieuse, dtermine : il me parat inconcevable d’entrer vierge la fac. Ma premire fois n’est ni une bonne ni une mauvaise exprience. Je ne ressens pas un gramme du plaisir promis par mes copines, mais je me dis que a viendra. videmment, de retour au camping, je fais comme elles et clame que j’ai joui pleins poumons.

Valrie, personne n’est fait ou pas pour le plaisir. Tu n’as pas encore rencontr celui, ou celle, qui te fera aimer a.

Les annes de fac, de ce point de vue-l, ne sont pas celles que j’esprais : on ne change pas une quipe qui perd. L’amour, le sexe et moi, ce n’est toujours pas a. J’ai honte en famille de paratre trop libre ; honte avec mes amies de paratre trop coince. Rsultat, je ne parle de mes doutes personne. Est-ce normal de ne pas aimer telle ou telle caresse ? Le jour o j’aurai un orgasme, je le saurai ? Et comment fait-on pour en avoir un ? Mais vous, jouissez-vous vraiment chaque fois ? Ces questions me taraudent. Faute de pouvoir les poser, j’vacue une partie du problme (la rencontre amoureuse) en me mariant avec le premier venu. Il s’appelle Sylvain, il est flic, assez beau, et je me convaincs qu’il me plat. Et que les hommes, les vrais, ne font pas de manires. Lui, visiblement, elles ne l’embarrassent pas. Pass les quelques mois de lune de miel, la sexualit avec Sylvain se rduit la portion congrue… de son plaisir. Il me pntre, il jouit. Point. Je le laisse faire, me force parfois un peu, pour avoir la paix. J’ai bien essay de lui dire que je ne ressentais rien. Invariablement, il vacue : Pas de ma faute si t’es frigide ! Regarde ta grand-mre, a doit tre de famille… Je me demande comment j’ai pu supporter a. Comment deux enfants ont pu natre de cette union boiteuse. Mais mes parents m’avaient inculqu le sens du devoir… 35 ans, l’pouse et mre que j’tais ne pouvait pas se plaindre.

ENTRE ELLE ET MOI

Et puis Sylvain est mut l’autre bout de la France. Nous atterrissons dans un bled paum, des centaines de kilomtres de mes amies… quelques mtres de Marie. Comme moi, elle est souvent seule le soir – son mari est commercial, toujours sur les routes. Comme moi, elle est timide et solitaire. Mais, entre elle et moi, le courant passe immdiatement. Le soir o elle frappe ma porte, c’est parce que, sortie en trombe de chez elle pour faire une course, elle a oubli ses cls l’intrieur… videmment, je lui propose de passer la nuit la maison, en attendant que son mari rentre. Le mien a embarqu les garons pour un week-end entre mecs . Je dbouche une bouteille de vin, on trinque nos solitudes. Quelques verres et quelques larmes plus tard, pour la premire fois de ma vie, je me livre : En fait, je n’ai jamais prouv le moindre plaisir faire l’amour. Je crois que je ne suis pas faite pour a. Marie clate de rire. Ce qui commence par me vexer… Mais je souris quand je l’entends me dire : Valrie, personne n’est fait ou pas pour le plaisir. Tu n’as tout simplement pas rencontr celui qui fera suffisamment attention toi pour te faire aimer a. J’ai trs envie de la croire et j’en ai des frissons dans la nuque, quand elle ajoute : Enfin, je dis ‘celui’, a peut tre ‘celle’, peu importe. C’est l qu’elle joue avec mes bracelets. L qu’elle tend la main vers moi. L qu’elle se blottit dans mes bras. Je me sens trangement libre, comme je ne l’ai jamais t. De la caresser, de la laisser me caresser. En totale confiance, je me laisse aller… et je suis alle au bout de mon plaisir.

Le lendemain matin, il tait clair, pour Marie comme pour moi, que nous en resterions l. Tout aussi tacitement que nous avions exprim notre envie l’une de l’autre, nous nous sommes dit adieu. Les mois qui ont suivi ont t infernaux et dlicieux la fois. Infernaux force de me triturer les mninges pour tenter de comprendre qui j’tais, et ce que je voulais faire de moi. Dlicieux, parce que je savais que ce qui s’tait ouvert en moi cette nuit-l ne se refermerait jamais. J’ai mis une petite anne avant de quitter Sylvain. Et deux de plus avant de rencontrer Matthieu, mon amoureux d’aujourd’hui. Le plaisir, avec lui, a t immdiat. Dix ans plus tard, il est toujours l. Si fort que ma grand-mre s’en retourne certainement dans sa tombe… Tant pis pour elle !

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Cet article a t publi dans le magazine ELLE du vendredi 19 mai.Pour vous abonner, cliquez ici.

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