Marlne Schiappa : la relve fministe – Elle.fr



Son bureau tait encore vide et son cabinet en cours de constitution, lorsque Marlne Schiappa nous a reus au 55, rue Saint-Dominique Paris, au lendemain de son premier Conseil des ministres. Celle qui a commenc bloguer il y a dix ans sur les difficults de concilier une vie professionnelle et une vie de mre, a fdr des centaines de femmes travers le rseau Maman travaille, a crit une dizaine de livres sur le plafond de mre , le burn-out, la culture du viol, semble impatiente de passer l’action. Interview.

ELLE. le prsident Macron avait promis un gouvernement paritaire. Il a tenu sa promesse en nombre de ministres. Mais pas en termes d’importance des portefeuilles. Vous le regrettez ?

MARLENE SCHIAPPA. Honntement, je suis heureuse de la composition de ce gouvernement. Les femmes nommes le sont des ministres cls. Non seulement ces ministres sont brillantes et comptentes, mais elles sont des fministes engages. Laura Flessel, par exemple, s’est mobilise pour la visibilit des femmes dans le sport et lisabeth Borne pour la place des femmes dans un secteur des transports 90 % masculin. Je ne serai pas la seule dfendre ces sujets.

ELLE. Vous tes la tte d’un secrtariat d’tat et non du ministre promis par Emmanuel Macron. Avez-vous hsit vous engager, de peur de ne pas avoir les moyens de votre action ?

M.S. Non seulement je n’ai pas hsit, mais c’est moi qui ai propos un secrtariat d’tat avec un pilotage politique venant directement de Matignon. Pendant la campagne, les associations et les expertes avec qui nous avons construit le programme ont fait remonter la ncessit d’une politique mene en transversalit. Les associations pour la lutte contre l’endomtriose ou la protection des personnes prostitues m’ont fait part, par exemple, du parcours du combattant lorsqu’on est envoy d’un ministre l’autre… En tant rattachs Matignon, nous avons non seulement ses moyens notre disposition, mais l’autorit du Premier ministre pour faire avancer les dossiers.

ELLE. Votre secrtariat est orient sur l’galit femmes-hommes, pas sur les droits des femmes. Que deviennent la famille, l’enfance, la contraception… ?

M.S. Lors du quinquennat prcdent, des progrs considrables ont t faits en matire de droits. Tout un arsenal juridique est dsormais en place. Maintenant, il faut le scuriser, informer et le faire exister concrtement. En outre, certaines questions dpassent les droits des femmes : le cong la naissance concerne aussi les hommes, comme les violences sexuelles sur mineurs, ou la contraception dont la responsabilit devrait tre partage au sein du couple. Je veillerai ce que la contraception masculine se dveloppe davantage.

ELLE. Cela veut-il dire qu’il n’y a plus de combat mener en matire de droits des femmes ?

M.S. Au contraire ! Pendant la campagne, je me suis battue contre les positions rtrogrades du Front national qui remet en cause le droit l’IVG ou celles de Franois Fillon contre le dlit d’entrave numrique l’IVG. Si la majorit l’Assemble nationale est progressiste, nous pourrons conqurir de nouveaux droits, si elle est conservatrice, nous passerons notre temps combattre les attaques contre ce qui nous semble acquis. Je rappelle que, rcemment, des textes ont t dposs en faveur d’un salaire maternel pour renvoyer les femmes la maison.

ELLE. Par quoi allez-vous commencer ?

M.S. Nous allons commencer par dfinir des indicateurs et des objectifs pour tre srs que nous parlons de la mme chose. Par exemple, le nombre de viols par an diffre selon les intervenants (associations, forces de police, etc.). Ensuite, nous allons revaloriser les associations avec lesquelles nous travaillerons, leur donner plus de moyens. Car non seulement les femmes sont les premires victimes des ingalits, mais elles doivent organiser seules leur dfense, travers le bnvolat et de tout petits moyens.

ELLE. Quel est votre premier objectif ?

M.S. J’ai la conviction que l’on peut rduire les violences sexistes et sexuelles parce qu’elles relvent d’une culture du viol que l’on peut dconstruire. Nous allons faire une grande campagne, un peu comme celle sur la scurit routire, destination des auteurs de ces violences. Nous avons, par ailleurs, un norme travail engager sur l’galit professionnelle. Je suis persuade que tout est li. Quand on a peur dans la rue, ou chez soi, on ne va pas demander une augmentation ou s’imposer un poste responsabilit. Nous allons donc nous attaquer toutes les causes, une par une : maternit, violences, iniquit dans la rpartition des tches dans le couple, pour dtruire les racines du plafond de verre et de l’ingalit salariale. Je crois aussi qu’on peut duquer, par la contrainte s’il le faut, les employeurs qui enfreindront la loi.

ELLE. Qui sont vos modles ?

M.S.Virginie Despentes (cf. p.46) m’a beaucoup apport. chaque page de King Kong Thorie , je me disais : c’est vrai ! Simone de Beauvoir, car elle a t la premire dire que seul le travail permettra aux femmes de s’manciper. Mais aussi Brigitte Grsy, qui travaille sur le sexisme ordinaire, et je suis trs admirative des fministes de ma gnration.

ELLE. En 2013, dans ELLE, vous disiez qu’tre mre vous avait fait renoncer un engagement politique. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

M.S. D’abord mes filles sont plus grandes. Ensuite, le maire du Mans est venu me chercher, et, grce lui, j’ai t lue maire adjointe. Enfin, parce que j’avais de la politique une image dforme. On dnonce beaucoup le sexisme en politique, raison. Mais quand on dit : Hou l ! la politique, c’est trs difficile, n’en faites pas , c’est une manire de tenir les femmes l’cart. Un accouchement, c’est plus difficile qu’une campagne lectorale. Si j’ai un message faire passer aux femmes, c’est : venez !

Cet article a t publi dans le magazine ELLE du 26 mai 2017. Abonnez-vous ici.

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