SMS : en 25 ans, les textos sont-ils devenus vintage ? – Elle.fr



Le texto a bouleversé nos vies. Ces petites bulles qui apparaissent sur les écrans de nos Smartphone, on ne pourrait plus s’en passer. Le premier SMS – « Merry Christmas » – aurait été envoyé en décembre 1992 par Neil Papworth, un ingénieur des télécoms britanniques, à un collègue. Depuis, c’est Noël à chaque seconde ! Partout dans le monde, à chaque instant, nous sommes des centaines de millions à pianoter frénétiquement sur notre clavier, tête baissée, pouces alertes : parents qui fusionnent à distance avec leurs enfants, salariés qui textotent en réunion, amoureux qui se bombardent d ‘ émojis … 180 milliards de SMS sont envoyés chaque année en France, soit 5 600 par seconde. Le SMS (Short Message Service) a révolutionné notre manière de communiquer. Plus besoin de se parler de vive voix (ce qui pouvait être pénible). « La voix peut être vécue comme intrusive, comme demandant un trop grand engagement, rappelle le psychologue Michaël Stora, auteur avec Anne Ulpat d »Hyper Connexion’ (éd. Larousse). Alors que l’écrit permet de mettre de la distance, de se protéger. Pour les timides, cela a été formidable, une vraie source de désinhibition… » Conséquence inéluctable : on téléphone de moins en moins.

D’après l’étude annuelle du Crédoc publiée en décembre 2016, seuls 23 % des Français se servent régulièrement de leur portable pour passer un coup de fil. Le roi écrit a détrôné la reine voix !

Le SMS s’est imposé comme une composante de notre (pop) culture. Il surgit dans l’art contemporain, dans les oeuvres de Sophie Calle, fait la une des magazines (la couverture de « Society » consacrée aux attentats du 13 novembre 2015), est cité à la barre dans les tribunaux comme preuve d’infidélité, sert de pitch à un film. Plus prosaïquement, il défraie régulièrement la chronique, ainsi, les sextos libertins que DSK avait envoyés à ses collègues de parties fines… Mais, à part nous éviter la fatigue de parler, quels sont les ressorts profonds de sa séduction ? « Il permet d’avoir un lien sans effort, d’être toujours en contact sans l’être réellement », note Michaël Stora. Idéal pour une société anxieuse où l’on a besoin d’être réassuré tout en restant libre, individualiste. « Mais il a bien sûr des côtés négatifs, poursuit le psychanalyste. Il nous donne l’illusion de combler la distance, et, en même temps, quand l’autre ne répond pas, il nous fait ressentir encore plus cruellement l’absence… » Le fameux syndrome du texto sans retour à son « date » Tinder de la veille… Nouvel outil, nouveau souci.

Mais aussi nouvel horizon linguistique : le SMS a chamboulé notre rapport au langage. « Kes ke tu fé ? », « C koi ton mél ? » Nous sommes redevenus des enfants jouant avec les mots, raccourcissant les formules, tordant les messages, inventant des mots-valises ; témoin, le succès des émojis, souvent critiqués (cela appauvrirait la langue), mais plébiscités, apportant une touche humaine, rigolote, graphique, inventive dans nos rapports. Même si les malentendus sont inévitables : qui n’a pas été heurté par un SMS mal tourné, brutal ? L’incivilité et la politesse ont aussi pris de nouvelles formes avec son apparition.

 

Cet article a été publié dans le magazine ELLE du 17 novembre 2017.
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