Valrie Lemercier : Aprs ''100% Cachemire'', jai vraiment eu envie darrter – Elle.fr


Mince ! On n’a pas parl politique… Alors que l’interview se termine, et que la campagne bat son plein, on s’tonne de n’avoir pas voqu l’incontournable sujet. C’est mieux ainsi, non ? soupire Valrie Lemercier avant de fouiller le sac main Morabito en crocodile bleu nuit qu’on vient de lui livrer et qu’elle attend depuis… un an. Une beaut sauvage qui fait passer notre propre besace noircie pour une bourse du Moyen ge. Meuhhhh non, c’est diffrent ! Et Valrie de donner la marque dudit rticule et d’enchaner en nous montrant son tlphone portable : Je trouve que Brigitte Macron ressemble David Pujadas. Ah bon ? Si, si, regardez j’ai fait un photomontage. On y dcouvre donc le journaliste de France 2 coiff du dsormais clbre carr blond Mireille Darc de la Premire dame. Vous voyez, c’est le bas du visage, le sourire blanc… Et, ma foi, c’est vrai, il y a comme un air de famille. Voil, quand je m’ennuie, je fais des photomontages de David et Brigitte . Y a-t-il quelqu’un qui ressemble Valrie Lemercier ? Non. D’ailleurs Marie-Francine , son nouveau film (en salle le 31 mai), l’histoire d’une quinqua contrainte de retourner vivre chez ses parents, dans le 16 e arrondissement de Paris, aprs avoir perdu, le mme jour, son job et son mari, est 100 % lemercien . Dlicieusement dcal, implacable, et truff de trouvailles ethniques : Valrie, ou la Claude Lvi-Strauss de la rue Nicolo, de cette bourgeoisie dsute, ses Flix Potin et ses papiers peints. On ne s’tonne pas qu’elle apparaisse souvent au bras d’un clbre artiste (Mathias Kiss), tant son got du dtail dco, un set de table, un revers de jupe, les codes sociologiques et l’histoire sentimentale qu’il charrie, vire l’obsession. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il y a un bol en premier plan sur l’affiche du film, sa premire vraie comdie romantique : Oui, j’ai eu du bol dans la vie.

ELLE. D’o vous vient cette obsession du dtail : un vase, un ourlet, un tissu Braqueni ?

Valrie Lemercier. L’un de mes amis qui a vu le film a remarqu le vase en monnaie-du-pape, vous voyez ce que c’est ? Je voulais de la monnaie papale, le truc qui ne sert rien. Pareil pour les couverts salade en plastique avec du cannage l’intrieur. C’est important, ce genre de dtail, a en dit parfois plus que des mots. J’ai t leve la campagne, on recevait de la toile de Mayenne, dont le seul nom est dj si vocateur ! Ma grand-mre, qui avait neuf petits-enfants, dont huit filles, ne les habillait que sur mesure, comme a se faisait l’poque, il y avait une couturire quasiment demeure. Tout a, je connais par coeur.

ELLE. Vous vous voyez, aujourd’hui, retourner vivre chez vos parents ?

Valrie Lemercier. J’ai quitt ma famille 14 ans, pour aller en pension. Donc je ne me vois pas retourner chez eux, d’autant qu’ils se sont spars depuis, ni les prendre la maison. J’ai des problmes avec la promiscuit. Mais je pense que c’est pire pour les parents. J’en ai connu qui, aprs avoir recueilli leur fille, l’ont reloge trs vite, et je les comprends : ils ont leur vie, et a leur renvoie peut-tre quelque chose de ngatif, une forme de culpabilit, un constat d’chec.

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ELLE. Qu’est-ce qui vous a donn envie de crer ce personnage chass de sa vie ?

Valrie Lemercier. Un ami m’a racont qu’ 16 ans il avait une potentielle petite amie avec laquelle il ne s’est finalement rien pass car ils ne savaient pas o se retrouver. Ils ne pouvaient aller ni chez elle, ni chez lui, ni dans l’escalier… Il me disait : Je pense que si on avait eu un endroit, on aurait eu une histoire. Je trouvais marrant d’imaginer que a arrive des gens plus vieux. Comment on fait, o est-ce qu’on va quand on n’est pas encore install ensemble ? Comment faire quand on se plat et qu’on n’ose pas encore se le dire ? Ce sont ces dbuts, embarrassants, qui m’amusaient beaucoup.

ELLE. Vous tiez comme a 16 ans ?

Valrie Lemercier. Non, 16 ans, ma priorit c’tait plutt de ne pas ressembler tout le monde, je ne rvais pas au prince charmant.

ELLE. Vous avez donc transpos cette histoire d’amour naissante entre deux personnages de 50 ans, Patrick Timsit et vous-mme, qui, par des hasards de la vie, vivez chez vos parents ?

Valrie Lemercier. Oui, je trouvais drle que a arrive une fille de mon ge ! Et je peux mme vous dire que j’ai trois ans de plus. Mais je n’ai jamais eu d’ge, en fait. J’ai commenc 23 ans jouer des femmes de 70. Dire aujourd’hui, trente ans plus tard, que j’en ai 50, me donne l’impression de rajeunir. Je me fous compltement de l’ge, j’ai juste un problme avec les anniversaires, je dteste y aller, je ne trouve pas normal de fter sa naissance… Enfant, d’accord, mais adulte ! Je ne fte jamais mon anniversaire, et parfois j’oublie mme mon ge.

ELLE. Vous ne cherchez pas vous embellir dans ce film : lunettes, gros plans…

Valrie Lemercier. Non, car pour moi, Marie-Francine, c’est a, une femme qui se regarde peu. On imagine qu’elle n’a pas chang depuis ses tudes de biologie, d’ailleurs on a mis du temps trouver son style. Au dbut, j’tais habille comme Dominique Voynet, une femme politique avec des escarpins talons de trois centimtres. Je voulais tre plat. C’est le personnage.

ELLE. Et Denis Podalyds, qui vous largue pour une femme plus jeune au ventre creux , arbore, dans une scne irrsistible, des baskets rouges flambant neuves…

Valrie Lemercier. Alors qu’on voit bien qu’il vient de les acheter et qu’il n’en a jamais port de sa vie ! Il a encore ses chaussettes beiges, a ne va pas.

ELLE. Le ventre creux, c’est un fantasme ?

Valrie Lemercier. Dans le film, il dit : Mme assise, a reste plat… c’est mme pas plat, c’est creux… c’est le summum a, non ? Moi, c’est mon rve depuis que j’ai 20 ans d’avoir le ventre plat, je ne l’ai jamais eu, je n’ai jamais mis de maillot de bain deux pices, c’est comme a. Aujourd’hui, il n’y a plus rien faire… Vieillir, c’est bien pour plein de trucs, mais pas pour le ventre. Chez un garon, en revanche, je trouve a mignon, un ventre rond, c’est pour a que j’ai montr celui de Patrick Timsit.

ELLE. Il semble que vous ayez un crneau physique, un peu la timsit ?

Valrie Lemercier. Oui, il a une forme de bont, un ct doux, rassurant… Le grand dadet blond, le bourge maigre avec le pull sur les paules et le bermuda, ce n’est pas possible. Hugh Grant, ce n’est pas mon truc. a ne me drange pas d’avoir trois ttes de plus que lui. La diffrence de taille, d’ge, de monde, je trouve a charmant.

ELLE. Vous interprtez aussi la soeur jumelle de Marie-Francine, une bourge qui ressemble votre personnage de la Renardire. C’est un peu l que les gens vous attendent ?

Valrie Lemercier. Je ne sais pas… Je ne pense ni ce que les gens attendent de moi, ni la manire dont on va me percevoir, ni prendre le contrepied ou pas.

ELLE. Vous n’y avez pas pens aprs l’chec de votre dernier film, 100 % Cachemire ?

Valrie Lemercier. Quand on passe trois ans sur un film, qu’on aime tant son mtier, et qu’on lit 100 % rat , 100 % navet , c’est super violent ! J’ai vraiment eu envie d’arrter. Je me suis dit : je ne sais pas faire de films. J’avais par ailleurs accept un rle dans une pice de thtre alors que j’avais envie de me reposer, de ne penser rien, de lire. a a srement t salvateur.

ELLE. Vous parlez de Marie-Francine, pour qui ses parents ouvrent une micro-boutique de cigarettes lectroniques ( Vaporette Oh ! ), comme d’une grande femme un peu dpressive .

Valrie Lemercier. Oui, c’est moi. Je suis une grande femme un peu dpressive sauf que je me soigne, en faisant des choses qui me plaisent, mais, au fond, je comprends trs bien que l’on puisse penser a de moi. Je me souviens, 20 ans, avoir fait des tonnes de tests psychologiques l’hpital Necker parce que a n’allait pas, et les mdecins avaient conclu : Quand cette jeune femme fera ce qu’elle aime, a ira. C’est vrai. Si je m’exprime, si je joue, si j’cris, je ne suis plus dpressive ! En revanche, l’oisivet, les week-ends, les vacances, faire de la barque sur le lac du bois de Boulogne, ce n’est pas bon pour moi.

ELLE.En rsum, ce film, c’est l’histoie d’un grand rveil tardif, d’une renaissance ?

Valrie Lemercier. Oui, mieux vaut tardif que jamais. Il faut sortir de sa zone de confort comme on dit. [Valrie Lemercier avale les cacahutes la pelle, c’est rare pour une actrice, on le lui notifie.] Parce qu’il y a du pipi ? Moi j’adore les cacahutes, j’adore l’urine, aussi !

ELLE. si vos personnages n’avaient pas t dlogs de leur vie, ils ne se seraient pas rencontrs, c’est votre avis ?

Valrie Lemercier. Oui, je suis toujours sidre par les gens qui restent entre eux, qui trouvent les autres folklo . titre personnel, je trouve enrichissant de ne pas frquenter mes cousins. Je laisse le hasard faire. En matire de musique, par exemple, j’coute la radio ou des mix de morceaux, c’est--dire des choses que je ne connais pas forcment.

ELLE. Vous est-il arriv de vous faire jecter ?

Valrie Lemercier. Oui, de me faire jecter de mon monde, de me faire larguer aussi. Mais je n’ai pas voulu faire de Marie-Francine une victime, je ne voulais pas qu’elle tende l’autre joue. Ce n’est pas parce qu’elle s’en prend plein la gueule qu’elle perd son honneur, sa dignit. Les gens qui ont du caractre sont plus intressants que les autres. C’est comme a qu’ la fin du film, je me suis aperue qu’il n’tait pas dpressif mais positif.

ELLE. D’o le bol, sur l’affiche ?

Valrie Lemercier. C’est la chance ! D’ailleurs, le film s’appelait Le Bol de Marie-Francine , ensuite c’est devenu Marie-Francine, c’est cet ge-l que tu rentres ? Finalement, on a fait plus simple.

ELLE. pour finir sur une note romantique, le mariage, vous y songez parfois ?

Valrie Lemercier. Oui… et en mme temps je ne l’ai pas fait ! C’est comme se suicider, faut le faire et pas le dire. [Rires.] Mais sait-on jamais ?

Cet article a t publi dans le magazine ELLE du 26 mai 2017.
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