C'est mon histoire : « Je me suis laissé tenter par un apéro érotique » – Elle.fr



Il a ouvert en peignoir de bain blanc, sourire aux lèvres. Rassurée de voir qu’il était aussi mignon que sur les photos de son profil, je suis entrée. Il m’a aussitôt indiqué la salle de bains. Un peignoir m’y attendait. Je me suis déshabillée, un peu maladroitement, pas très sûre de ce que je faisais, mais déjà un peu émoustillée, puis je suis sortie dans le couloir avant de le suivre au salon. Les pièces étaient sobres et plutôt de bon goût : parquet en point de Hongrie, moulures, cheminées, quelques tableaux aux murs… Deux larges canapés recouverts de draps d’un blanc immaculé encadraient une table basse sur laquelle était dressé un buffet léger. D’un geste, il m’a fait signe de m’installer avant de laisser tomber son peignoir. Soutenant son regard sans m’attarder sur son corps bien proportionné, glabre et musclé, ni sur son sexe parfaitement détendu, j’ai fait de même avant de m’asseoir. Il m’a alors tendu une coupe remplie d’un cocktail parfumé et légèrement mousseux : « Pisco sour. J’espère que tu apprécieras… » Sa voix, étonnamment basse et puissante, m’a aussitôt prise aux tripes. L’apéro érotique avait commencé.

Un date original et piquant

C’était lui qui avait eu cette drôle d’idée. On avait matché sur Tinder, où je me baladais régulièrement depuis ma rupture avec Tom, un an auparavant. On avait échangé deux ou trois messages avant qu’il ne me propose ce truc un peu étrange qu’il appelait un « apéro- tique » : un apéro entièrement nus, en deux cocktails, histoire de voir si ça marchait IRL [« in real life », ndlr]. Dans le cas contraire, chacun pourrait aller se rhabiller… J’avais trouvé cette proposition inattendue, voire piquante. Je n’en étais pas à mon premier date et je m’étais faite à l’idée de rencontres sans grandes attentes. Je n’avais rien à perdre, mais le plaisir pouvait, lui, se trouver au rendez-vous. Alexis, au-delà du fait que son prénom rimait avec « sexy », affichait de bons atouts sur son profil : un job intéressant qui laissait présager qu’il avait de la conversation (il dirigeait une start-up de développement culturel), un sourire franc, un regard pétillant et de beaux pectoraux. Bref, autant de raisons de me laisser tenter par sa version de l’apéro. J’avais débattu de sa suggestion avec mes deux amies les plus proches, Edmée et Flavia. Edmée, l’aventurière de la bande, trouvait ça cool comme manière de faire connaissance. « C’est ce qu’on appelle la transparence intégrale, rigolait-elle. Il faudra que tu nous racontes et, moi, je l’utiliserai pour mes prochains dates. » Flavia, elle, était terrifiée. « Mais t’es tarée ! Imagine que ce soit un gros pervers… D’ailleurs, il ne peut être que grave barré le mec pour proposer un truc pareil ! Et s’il n’était pas seul ? Et si c’était genre un criminel ? » Pour les rassurer toutes les deux, j’ai donné le nom et le numéro d’Alexis à mon duo de copines. En leur disant que je leur enverrais un texto dès le début du date pour leur dire que tout allait bien.

« Son regard s’attardait sur mes courbes. Alexis semblait apprécier le spectacle et c’était assez flatteur. »

Délicieusement acidulé, le pisco sour donnait le sourire en quelques gorgées. Après deux, trois banalités d’usage, échangées dans un climat un peu artificiel (« Tu habites depuis longtemps ici ? – Non, c’est l’appartement d’un ami, j’y viens régulière- ment, mais je vis le plus souvent en Italie. Et toi, tu es de Paris ? – Oui, j’y suis née et je n’en suis jamais partie. Et ton job, c’est sympa, non ? »), j’ai commencé à me détendre. J’ai cessé de le fixer dans les yeux et me suis autorisée à parcourir son corps du regard. Il en prenait visiblement grand soin. Sa peau hâlée par le soleil, un peu luisante en cette soirée de fin d’été, comme huilée, mettait en relief chaque muscle de ses bras, de son torse, de ses abdos. Je m’interdisais encore de descendre plus bas. Son regard à lui, sans insistance ni lubricité gênantes, s’attardait sur mes courbes. Il semblait apprécier le spectacle et c’était assez flatteur. J’ai filé aux toilettes, et j’ai envoyé un « tout roule, les filles » à Edmée et Flavia.

Un verre, deux verres…

À mon retour dans le salon, sans doute lassé de ce bavardage un peu creux, Alexis a enchaîné sur un autre sujet. Il voulait tout savoir de ma vie sur Tinder. Depuis combien de temps j’y étais, si j’avais fait beaucoup de rencontres, combien s’étaient révélées satisfaisantes, si je revoyais plusieurs fois mes dates ou si je préférais les « one-night stand », si j’avais des « sex friends », si je cherchais un mec ou si c’étaient les conquêtes qui m’excitaient… Ça aurait pu virer à l’interrogatoire, mais il avait énoncé les règles du jeu : on pouvait se poser toutes les questions qu’on voulait, à condition d’y répondre soi-même après l’autre. Bien que littéralement à nu, je me suis livrée sans retenue à cet homme que je venais de rencontrer – et sans pour autant me sentir désarmée. Je me prenais au jeu. Quel avait été son rendez- vous le plus érotique ? Et l’endroit le plus étrange dans lequel il avait pris son pied ? Avait-il des zones érogènes cachées ? Se considérait-il comme un bon coup ? Qu’est-ce qui, selon lui, faisait systématiquement jouir une femme ? Parvenus à ce stade de la conversation, finissant notre deuxième verre et délaissant les bouchées au cumin et les Saint-Jacques marinées, nous nous dévorions littéralement des yeux. Le sexe d’Alexis avait pris ses aises entre ses cuisses légèrement écartées. Du bout des doigts, comme négligemment, il caressait ses quadriceps. Je ne pouvais détacher mon regard. Je ne l’écoutais plus. Depuis quand, d’ailleurs, avait-il cessé de parler ? Il a rompu le charme en déposant son verre sur la table, et, le souffle court, a dit : « Le deuxième cocktail est terminé. Veux-tu te rhabiller ? » Je crois qu’il connaissait la réponse. Je brûlais d’envie de lui. Il m’a fixée un instant, avant de s’asseoir près de moi et de m’embrasser dans le cou, dans la nuque, à la racine de mes cheveux, goûtant ma peau à petits coups de langue. Ce geste animal et sensuel a fini de me faire perdre pied.

Vous ai-je fait rêver ? Moi, après ce récit, je me sens tout excitée. Sauf que. Ce n’est pas ainsi que ça s’est passé. Alexis était objectivement très beau, mais il ne m’a fait aucun effet. Et, après trente minutes, nus, à parler des baleines et de la pollution en Antarctique, totalement refroidie, je me suis rhabillée. Sur le pas de la porte, on s’est séparés avec une bise et un « merci et bonne soirée ! ». Plutôt qu’un « apérotique », ce fut un magnifique « apéroflop » !

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Cet article a été publié dans le magazine ELLE du 31 août 2018.  Abonnez-vous ici.

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