Comment la mode peut nous aider à comprendre la nouvelle génération ? – Elle.fr



A l’heure de l’ère numérique, nous sommes constamment immergés dans un flux continu, sur les écrans d’ordinateur ou de Smartphone. Temps réel, partages, réseaux sociaux, « cloud », mode de consommation aléatoire… De la musique à l’info, tout est à portée de clics. Et évidemment ce rythme accéléré et diffus touche tous les aspects de notre société : habitudes, styles de vie, personnalité, voire même identité. Au point que, pour les nouvelles générations, les notions de présent, passé et futur se confondent au nom d’une nouvelle flexibilité.

Mais comment se fait-il que cette « génération ne(x)t » ait grandi, biberonnée au lait – de soja de préférence – et à interNET ? Qu’est-ce qui la différencie des générations précédentes ? Que veut dire vraiment cette notion de « flexibilité » qui lui colle à la peau ? C’est là que la mode, baromètre des tendances, nous aide à saisir les changements de notre époque. Prenons l’exemple des lunettes. Avant, on se cachait derrière une paire de lunettes – colorées ou noires de préférence – pour ne pas trop en révéler sur soi-même (à la façon de Bob Dylan, Janis Joplin ou même encore plus récemment Lady Gaga). De nos jours, porter des lunettes est une manière d’exprimer sa personnalité. Ou plutôt ses personnalités…

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Pour interpréter les visages de la génération ne(x)t, nous nous appuyons sur la collection Gucci Eyewear Printemps Eté 2018 dans la vidéo ci-dessus. Pour ces garçons, les frontières entre masculin et féminin, passé et futur, ancien et nouveau, mode et anti-tendances, tradition et avant-gardisme n’existent plus. Pour décrypter ce « phénomène de mode », il nous fallait un expert en la matière : Matteo Guarnaccia. Cet artiste psychédélique et historien des costumes, est l’auteur renommé de plus de trente essais traduits dans le monde entier sur les avant-gardes et contre-cultures historiques. Il a écrit sur tout, des pirates aux punks, des patineurs aux hippies.

« Leur quotidien est devenu mouvant, comparable à nos doigts glissant sur l’écran d’un Smartphone avec adresse. Ils consomment leur relation au rythme des demi-saisons et la palette de leurs sentiments varient aussi vite que les applications qu’ils téléchargent. Les jours exceptionnels sont devenus la norme et les différences cohabitent sans se mélanger. Pour les membres les plus aventureux de cette génération – les créateurs de sous-culture – le certificat d’outsider n’est plus requis. L’opposition, la noble confrontation du noir et du blanc, du « in » ou du « out », n’a plus de sens. Pour cette nouvelle génération, l’appartenance et l’identité sont mieux représentées par une marque ou un son que par un passeport. »

Revenons à l’exemple des lunettes. Nous pourrions dire que nous vivons des jours schizophréniques. Les lunettes aviateurs, les montures en forme de cœur, les lunettes hublot XXL sont autant de façon de voir le monde. Des accessoires prêts à se transformer en fenêtres ouvertes sur le monde aussi bien qu’en portes à verrouiller à tout moment. Derrière les verres, Bertolt Brecht devient Elton John et John Lennon choisit le chemin du NHS (National Health Service) pour devenir un garçon étonnamment révolutionnaire. Tandis que le regard insolent de David Hockney explose dans un zoom pop !

L’artiste et historien de la culture Matteo Guarnaccia fut l’un des protagonistes de la scène européenne du contre-culturalisme des années 70. Aujourd’hui, il est toujours actif dans le domaine de l’art, avec des expositions internationales et des installations dans différents domaines, mais travaille également dans le design, la musique et la mode.

ELLE



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