Fashion name : Barbara Bui, l'indémodable – Elle.fr


Quand on porte du Barbara Bui, on se souvient rarement de quand date notre tenue tant son style est éternel. Rester intemporelle sans plonger pour autant dans le classicisme, c’est le coup de génie de Barbara : son cool ne se démode jamais. Cette Parisienne, qui a grandi dans le 12 e arrondissement, ne se destinait pas à la mode. Sa passion, c’était la littérature. Fascinée par les mots, elle a étudié les lettres à la Sorbonne. Et entamé une carrière de comédienne… Rapidement arrêtée : « Mon père est vietnamien et ma maman française. Il n’y avait pas de rôles pour moi. J’espère que les mentalités ont changé, mais, il y a trente ans, une Eurasienne ne jouait que si son origine prenait sens dans le scénario. J’ai préféré ne pas dépendre du désir des autres et créer moi-même. »

« AU LIEU D’ÉCRIRE, JE M’EXPRIME AVEC DES VÊTEMENTS. » BARBARA BUI

En se lançant dans la mode, Barbara a l’impression de revenir à ses premières amours : « Au lieu d’écrire, je m’exprime avec des vêtements. » Elle s’associe à William Halimi, son fiancé, qui a fait ses classes comme commercial chez Saint Laurent Homme. Il joue le rôle du Pierre Bergé pour Barbara Bui. Les années ont passé, ils ne forment plus un couple, mais un duo : « Avec William, on partage la même vision, explique-t-elle. On a gardé un fonctionnement très familial, même si notre société a beaucoup grandi. On reste une marque indépendante. » Ensemble, ils ont ouvert leur première boutique, Kabuki, rue de Turbigo, aux Halles, en 1983. « Nous avons été parmi les premiers à nous installer dans ce quartier d’artistes. Au début, je ne signais pas mes collections qui étaient très restreintes. Elles étaient déjà axées sur le cuir et les peaux, c’était un travail très artisanal. Les femmes pouvaient commander des pièces, car rien n’était fabriqué en série et on devait attendre quinze jours pour les avoir. J’aimais ce contact direct avec les clientes, j’étais dans la réalité, je comprenais leurs envies. » Le succès vient vite, mais, cela, la créatrice ne le dit pas, car elle est tout sauf show off. Sa silhouette très menue semble prouver qu’elle cherche à ne pas prendre trop de place. Elle a pourtant créé un style qui affole bon nombre de femmes, des anonymes aux VIP, comme Gwyneth Paltrow, Charlize Theron, Heidi Klum, Janelle Monãe, Gigi Hadid, et aussi Rihanna ou Rita Ora.

C’est en lançant une marque sous son nom qu’elle a affirmé son style : « En 1987, je rejetais la mode créée par des hommes pour des femmes. Du coup, j’ai imaginé un vestiaire pour les filles qui ont des vies multiples. Le pantalon s’est imposé. Par la suite, j’ai introduit une touche de séduction. » Elle ouvre, la même année, sa première boutique Barbara Bui, dans la très couture avenue Montaigne. Et Kabuki devient un multimarque avec des labels comme Prada, Yohji Yamamoto et Comme des Garçons qui n’avaient pas encore de boutique à leur nom.

Ses inspirations ? Elles sont multiples, comme ses racines : Paris, le Vietnam, la Bretagne (ses parents y ont une maison). Sa grand-tante aussi, professeure de lettres, qui les emmenait, elle et son frère, au musée du Louvre où ils ont exercé leur oeil devant les oeuvres d’art. Mais sa plus grande inspiration reste les femmes qu’elle côtoie. « J’aime habiller les personnalités indépendantes et assez affirmées, confie Barbara. Les vêtements reflètent leur force et respectent leur désir de féminité. C’est cet équilibre entre force et fragilité que j’essaie de traduire. Pour moi, être forte ne signifie pas savoir se bagarrer ou faire la guerre. »

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À quoi reconnaît-on le style de Barbara Bui ?

Elle aime décaler les vêtements. Pour recevoir son Globe de cristal de meilleure créatrice en 2013, par exemple, elle portait une veste en broderies asiatiques, un pantalon en cuir et des baskets. Sa base a toujours été le noir. « La densité de cette couleur n’écrase pas la personnalité. Ma fille, Lan Joy, qui a 13 ans, ne s’habille qu’en noir, comme moi à son âge. » Barbara Bui vit avec elle dans le Marais, elle l’a adoptée au Vietnam. Pour elle, la créatrice a ralenti son rythme de déplacements. Son seul vrai souci dans la vie : son dressing. Barbara ne jette rien, mais elle continue d’accumuler les nouveaux modèles. « J’ai en partie résolu ce problème de place en archivant les pièces les plus anciennes au bureau. Mais je les ressors pour les porter ! » Aujourd’hui, avec trois boutiques à Paris, des points de vente partout dans le monde et une e-boutique, Barbara n’a pas une minute pour respirer.

« En 1987, je rejetais la mode créée par des hommes pour des femmes. Du coup, j’ai imaginé un vestiaire pour les filles qui ont des vies multiples. Le pantalon s’est imposé. Par la suite, j’ai introduit une touche de séduction. » BARBARA BUI

Pourtant, en trente ans, elle a connu des périodes de découragement. « La pression est toujours dure à gérer dans un métier si créatif, où l’on travaille tout le temps. On n’a jamais de temps pour soi », confie Barbara. Pour sortir de ce rythme infernal, Barbara a abandonné les défilés. Elle a privilégié une présentation soutenue par le travail photographique de David Bailey. « Je veux développer ma communication digitale, confie la créatrice, et je le fais avec autant de passion que pour un défilé. Je ne pouvais pas faire les deux. » Barbara est du genre à se remettre en question : « Il y a des choses que j’aurais pu faire autrement. J’aurais attendu pour sortir certaines pièces, elles auraient été mieux accueillies », assure-t-elle avec son sourire qui en dit long sur ses années de réflexion. Et, de fait, certaines de ses collections sont passées un peu inaperçues sans avoir le succès qu’elles méritaient, mais, deux ans après, des modèles très ressemblants faisaient un carton dans d’autres marques. Barbara invite les stylistes à garder vivant leur désir de créer. « Il faut avoir beaucoup de volonté. On a la pression de la page blanche. Aujourd’hui, notre métier est très médiatisé, tous les designers ont l’air de stars. On oublie que c’est une pratique qui nécessite un don de soi. Ma fille, qui comprend tout ce que ce métier implique, n’a pas l’air de vouloir reprendre le flambeau. » Dommage, car la griffe de sa maman a encore de belles années devant elle. Son conseil pour les jeunes qui aimeraient se lancer : « Il faut savoir ne pas se perdre dans le système et rester fidèle à son style. » Barbara Bui, une créatrice hors mode ? C’est sûrement son secret de longévité.

« Il faut avoir beaucoup de volonté. On a la pression de la page blanche. » BARBARA BUI

LES ESSENTIELS B.B.

Les clientes de Barbara Bui la pressent constamment de reproduire des hits des saisons passées. Cinq pièces cultes.

Le pantalon de cuir. Il remplace le jean, c’est la base du vestiaire de la créatrice. Il existe en cuir verni ou en vinyle. La veste. Le travail de la coupe est important pour Barbara qui aime les silhouettes acérées. Le débardeur. Il est reconnaissable grâce à sa tenue, ni trop serré ni trop large. L’imprimé serpent. Les motifs sont rares dans ses collections plutôt sobres, mais le serpent est le totem de la marque. Les boots. Façon santiags ou à talon, elles sont présentes dans toutes les collections.

ELLE



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