Isabelle Adjani, Laure Adler,… : leurs hommages à Simone Veil – Elle.fr



« Elle incarne la République, la France et l’Europe »

Isabelle Adjani, comédienne

« Pour moi, Simone Veil, c’est un regard bleu qui peut fixer l’obscurité en pleine lumière, des yeux qui éclairent quand tout est sur le point de sombrer, sous les coups de la haine, de la peur, de l’ignorance, du fascisme, de l’antisémitisme, du sexisme, du racisme et de l’intolérance. Faire ainsi face, coûte que coûte, contre la fatalité et l’indifférence, c’est elle, dans une inspiration libre et courageuse. Elle s’est battue pour la liberté contre toutes les formes d’oppression, pour l’égalité des droits des femmes et des hommes, pour la fraternité entre les peuples européens : elle incarne la République, la France et l’Europe, elle est une partie de notre mémoire, donc une réalité de notre avenir. »
Propos recueillis par Anne Diatkine

>> Christiane Taubira parle de Simone Veil : « Elle a été un phare pour moi » >>

« Sa robe m’a sauvée »

Ginette Kolinka, survivante du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau
« On est en quarantaine, on travaille ensemble dans un chantier, dans un kommando, et il pleut tellement que la kapo en a marre de se faire mouiller : y a pas de soldat, pas de baraque pour s’abriter, y a un mirador vide, elle nous permet d’aller se mettre à l’abri. Je suis avec Simone, y a de la laine de verre par terre, on est trempées, on se recroqueville toutes les deux l’une contre l’autre pour se réchauffer, la pluie commence à s’arrêter, la kapo nous fait sortir et elle est tombée en extase devant Simone : “T’es trop belle pour être habillée comme ça, je t‘amènerai une robe.” Et elle ajoute : “Tu vas pas rester à Birkenau, tu vas aller dans un camp moins dur.” Simone lui répond qu’elle est avec sa mère et sa sœur, qu’elle veut pas les quitter. La kapo, qui avait la réputation d’être très vache, lui dit : “Eh ben, t‘amèneras ta mère et ta sœur.” Et elle lui donne plusieurs robes. J’ai jamais su pourquoi Simone m’en avait donné une.
C’était extraordinaire, cette robe. J’avais envoyé mon père et mon petit frère se faire tuer, je me sentais responsable, je connaissais personne, j’étais restée dans mon petit coin sans parler, et Simone me fait cadeau d’une robe. Ça m’a donné un coup de fouet. Je me serais peut-être laissée… »
Propos recueillis par Marion Ruggieri en 2015

>> Marceline Loridan-Ivens, compagne de détention de Simone Veil au camp d’Auschwitz-Birkenau : « Elle pouvait être désobéissante » >>

« Elle n’avait peur de rien »

Laure Adler, écrivaine et journaliste
 
« Dans les années 70, je militais au Mouvement de libération des femmes et je me souviens combien Simone Veil était notre idole : nous n’étions pas du tout du même bord politique – elle, plutôt grande bourgeoise de centre droit ; nous, féministes d’extrême gauche – mais sa loi sur l’IVG avait révolutionné notre manière d’envisager nos amours, nos couples, nos corps. Plus tard, dans les années 80, je l’ai rencontrée à l’occasion d’un livre que j’écrivais, « Les femmes politiques », et nous avons sympathisé : c’était une personne attentive, à l’écoute. Même si je ne l’ai jamais vue autoritaire ni désagréable, elle était très impressionnante et ne parlait jamais pour ne rien dire. Ainsi, elle n’aimait pas s’épancher sur son passé et pourtant, quand elle racontait les camps, c’était avec une grande douceur, consciente du devoir de transmission qu’elle portait. Ce qu’elle a vécu a forgé son caractère bien trempé : jusqu’à la fin de sa vie, elle et sa famille ont reçu des insultes et des menaces en raison des combats qu’elle a portés, mais Simone Veil, d’une totale intransigeance, n’avait peur de rien, ne regrettait rien, si bien que je ne vois personne, dans la classe politique, qui lui arrive à la cheville. C’est une très belle idée de la faire entrer au Panthéon : nous avons besoin de cette héroïne qui donne l’exemple. »
Propos recueillis par Thomas Jean  

« Elle m’a toujours fascinée »

Emmanuelle Devos, comédienne
 
« J’ai eu le privilège de l’interpréter en 2014 dans un téléfilm sur France 2 « La Loi ». C’était un rêve de longue date et j’ai vraiment eu la sensation de vivre avec elle pendant quelques mois. Comme la plupart des Français, c’est une femme qui m’a toujours fascinée, par ses engagements, sa force, ses combats. Son parcours est tout simplement exceptionnel. Pour moi elle était aussi une figure familière car petite, j’habitais à côté de chez elle, rue de Tourville, je passais devant son immeuble en allant au lycée, et je l’ai croisée deux ou trois fois rue Clerc, où je la voyais prendre des plats tout fait chez Davoli. Ma grand-mère et ma mère l’admiraient, et elle était un exemple de courage pour tout le monde. Pour tenter de la comprendre, j’ai visionné de nombreux portraits, documentaires, et surtout les séances à l’Assemblée Nationale lorsqu’elle est monté au créneau pour défendre la loi sur l’avortement. J’ai découvert la violence de certain propos, on l’a même traitée de nazi, on a comparé sa loi aux chambres à gaz… Et elle a défendu les femmes avec autant de fougue que de retenue. Elle s’était forgée une armure avec ses tailleurs en tweed Chanel, son allure sage, mais elle avait un bouillonnement intérieur. Son fils m’avait parlé de son exigence et de son extrême pudeur. Je crois que son plus grand chagrin, et elle en aura beaucoup, est de ne pas avoir pu ramener sa mère des camps de concentration avec elle. Elle avait une relation très particulière avec elle, une admiration sans borne. Et dans un documentaire bouleversant que j’ai pu visionner où on la voit dans sa maison de Normandie, elle ne dit pas ma mère lorsqu’elle en parle, mais « môman ». Comme une petite fille. »
Propos recueillis par Nathalie Dupuis

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